Une nuit d’orage. Un scientifique obsédé par le secret de la vie. Une créature assemblée à partir de restes humains…
Peu de monstres sont aussi célèbres que Frankenstein.
Avec son visage couturé, sa silhouette imposante et sa démarche maladroite, la créature est devenue une véritable icône du cinéma fantastique et d’Halloween.
Pourtant, le personnage que nous connaissons aujourd’hui est assez différent de celui imaginé il y a plus de deux siècles par une jeune écrivaine britannique : Mary Shelley.
Une histoire née pendant un été étrange
L’histoire de Frankenstein commence en 1816.
Mary Godwin, qui deviendra Mary Shelley, séjourne près du lac Léman, en Suisse, en compagnie notamment du poète Percy Bysshe Shelley et de Lord Byron.
Cette année-là est connue comme « l’année sans été ». Les conséquences de l’éruption du volcan Tambora, survenue l’année précédente en Indonésie, perturbent le climat et provoquent un temps particulièrement froid et pluvieux dans certaines régions.
Coincé à l’intérieur par le mauvais temps, le groupe passe une partie de son temps à lire des histoires fantastiques.
Lord Byron propose alors un défi :
chacun devra écrire une histoire de fantômes.
Mary cherche longtemps une idée.
Puis une vision finit par lui venir.
Celle d’un scientifique donnant vie à une créature fabriquée de ses propres mains.
Frankenstein venait de naître.
Victor Frankenstein et son expérience interdite
Le roman, publié anonymement en 1818, porte le titre complet :
Frankenstein ou le Prométhée moderne.
Son personnage principal est un jeune scientifique nommé Victor Frankenstein.
Fasciné par les secrets de la vie et de la mort, Victor entreprend une expérience extraordinaire : créer artificiellement un être vivant.
Après des mois de travail, il réussit.
Mais lorsque la créature ouvre enfin les yeux, Victor est horrifié par ce qu’il a fabriqué.
Il abandonne immédiatement son œuvre.
Une décision qui aura des conséquences tragiques.
Frankenstein n’est pas le monstre
C’est probablement l’une des confusions les plus célèbres de la littérature.
Dans le roman, Frankenstein est le nom du scientifique, pas celui de la créature.
Le monstre ne reçoit d’ailleurs jamais véritablement de nom.
Mary Shelley le désigne notamment comme « la créature », « le démon » ou « le misérable ».
Avec le temps, le cinéma et la culture populaire ont cependant tellement associé le nom Frankenstein au monstre que celui-ci est désormais couramment appelé ainsi.
Un monstre beaucoup plus humain qu’on ne l’imagine
La créature du roman est très différente du géant maladroit souvent représenté à Halloween.
Elle est capable de parler, de lire, de réfléchir et d’éprouver des émotions complexes.
Au départ, elle ne cherche pas nécessairement à faire du mal.
Elle souhaite surtout être acceptée.
Mais son apparence provoque partout la peur et le rejet.
Isolée et abandonnée par son propre créateur, elle devient progressivement violente.
Le véritable sujet du roman dépasse donc largement l’histoire d’un monstre.
Mary Shelley pose une question beaucoup plus inquiétante :
qui est réellement responsable du monstre : la créature ou l’homme qui l’a créée puis abandonnée ?
D’où viennent les éclairs et le laboratoire ?
Dans notre imaginaire, Frankenstein est presque toujours associé à un immense laboratoire.
Des machines crépitent.
La foudre frappe.
Une table se soulève lentement.
Et soudain…
la créature prend vie.
Cette scène doit énormément au cinéma.
Le roman de Mary Shelley reste beaucoup plus vague sur la méthode exacte employée par Victor Frankenstein pour donner vie à sa créature.
Au XIXe siècle, les expériences utilisant l’électricité sur les muscles et les nerfs fascinaient néanmoins le public. Le galvanisme contribua notamment à alimenter l’idée que l’électricité pouvait jouer un rôle mystérieux dans le fonctionnement du corps.
Le cinéma transformera ensuite cette fascination scientifique en l’impressionnante machine à résurrection que nous connaissons aujourd’hui.
Le visage de Frankenstein
Autre surprise : Mary Shelley n’a jamais décrit sa créature exactement comme celle que nous imaginons aujourd’hui.
Le célèbre visage carré, le front massif et les boulons au niveau du cou sont surtout liés aux adaptations cinématographiques du XXe siècle.
Le film Frankenstein de 1931, avec Boris Karloff dans le rôle de la créature, va particulièrement marquer l’imaginaire collectif.
Cette silhouette devient si célèbre qu’elle finit presque par remplacer la description originale.
Comment Frankenstein est devenu un symbole d’Halloween
Frankenstein possède tout ce qu’Halloween adore :
un scientifique inquiétant,
une nuit d’orage,
un laboratoire mystérieux,
la mort,
et une créature qui n’aurait jamais dû revenir à la vie.
Le cinéma fantastique du XXe siècle va définitivement réunir Frankenstein, Dracula, les momies et les loups-garous dans une même grande famille de monstres.
Depuis, la créature apparaît chaque année dans les décorations, les films et les déguisements d’Halloween.
Un monstre devenu immortel
Plus de deux cents ans après sa création, Frankenstein continue de fasciner.
Parce que derrière le monstre se cache une histoire étonnamment moderne.
Jusqu’où peut aller la science ?
Un créateur est-il responsable de ce qu’il crée ?
Et que devient un être rejeté par tous ceux qu’il rencontre ?
Mary Shelley avait seulement 18 ans lorsqu’elle commença à imaginer cette histoire.
Elle ne pouvait probablement pas savoir que sa créature allait devenir l’un des monstres les plus célèbres au monde.
Victor Frankenstein voulait créer la vie.
D’une certaine manière, Mary Shelley y est parvenue.
Car plus de deux siècles plus tard…
son monstre est toujours vivant.
Le saviez-vous ?
Le célèbre cri « It’s alive! » associé à Frankenstein ne vient pas directement du roman de Mary Shelley. Il a surtout été popularisé par l’adaptation cinématographique de 1931.
Et contrairement à l’image classique du monstre au cinéma, la créature imaginée par Mary Shelley est intelligente, sensible et capable de s’exprimer avec éloquence.