Imaginez une nuit froide dans la campagne irlandaise.
Le vent souffle entre les arbres, les chemins disparaissent dans la brume et, au loin, une étrange lumière vacille dans l’obscurité.
Selon une vieille légende irlandaise, cette lumière serait celle de Stingy Jack, « Jack le Radin », un homme rusé condamné à errer éternellement entre le monde des vivants et celui des morts.
Son histoire raconte comment il aurait réussi à tromper le Diable lui-même.
Mais à force de vouloir jouer avec les forces de l’au-delà, Jack aurait fini par payer un prix terrible.
Et cette légende serait à l’origine de l’un des symboles les plus célèbres d’Halloween :
le Jack-o’-lantern.
Qui était Stingy Jack ?
Personne ne sait si un homme nommé Stingy Jack a réellement existé.
Il appartient avant tout au folklore irlandais, et son histoire possède plusieurs variantes.
Dans les récits populaires, Jack est généralement décrit comme un homme avare, manipulateur et particulièrement rusé.
Il aime boire.
Il aime jouer de mauvais tours.
Et surtout, il aime obtenir ce qu’il veut sans avoir à payer.
Une réputation qui lui vaut son surnom :
Stingy Jack — Jack le Radin.
Mais un soir, Jack va rencontrer quelqu’un d’encore plus dangereux que lui.
Le Diable.
Un verre avec le Diable
Selon l’une des versions les plus populaires de la légende, Jack rencontre un soir le Diable dans une taverne.
Plutôt que de prendre peur, il lui propose de boire un verre.
Le Diable accepte.
Les deux hommes boivent ensemble jusqu’au moment de régler l’addition.
Seulement voilà…
Jack étant fidèle à sa réputation, il ne veut pas payer.
Il imagine alors un stratagème.
Jack convainc le Diable d’utiliser ses pouvoirs pour se transformer en pièce de monnaie afin de régler leurs consommations.
Le Diable accepte.
Mais dès qu’il se transforme en pièce, Jack s’en empare.
Au lieu de payer le tavernier, il glisse la pièce dans sa poche.
Et dans cette poche se trouve…
une croix.
Selon la légende, la présence du symbole religieux empêcherait le Diable de reprendre sa véritable apparence.
Le maître des enfers vient de se faire piéger par un simple ivrogne irlandais.
Le premier marché de Jack
Le Diable exige que Jack le libère.
Mais Jack n’a aucune intention de le faire gratuitement.
Il lui propose un marché.
Jack acceptera de retirer la pièce de sa poche à condition que le Diable promette de ne pas venir réclamer son âme pendant plusieurs années.
Le Diable accepte.
Jack retire alors la pièce et le libère.
Il pourrait s’arrêter là.
Mais ce serait mal connaître Stingy Jack.
Quelques années plus tard, Jack et le Diable vont se rencontrer une nouvelle fois.
Et Jack va tenter de le tromper encore.
Jack piège le Diable dans un arbre
Les versions de la légende diffèrent légèrement, mais l’une des plus connues raconte que Jack demande au Diable de lui cueillir un fruit dans un arbre.
Le Diable grimpe dans les branches.
Jack profite immédiatement de l’occasion.
Il grave ou place une croix sur le tronc de l’arbre.
Le Diable se retrouve une nouvelle fois prisonnier.
Impossible pour lui de redescendre.
Jack lui propose alors un second marché.
Cette fois, il exige une promesse beaucoup plus importante :
le Diable ne devra jamais prendre son âme.
Le Diable, n’ayant guère le choix, accepte.
Jack efface la croix.
Et chacun reprend son chemin.
Jack pense avoir gagné.
Il vient pourtant de commettre la plus grande erreur de son existence.
La mort de Stingy Jack
Les années passent.
Jack continue sa vie jusqu’au jour où, comme tous les mortels, il finit par mourir.
Son âme se présente alors aux portes du paradis.
Mais selon la légende, la vie qu’il a menée lui interdit d’y entrer.
Jack se dirige donc vers l’autre destination possible.
L’Enfer.
Il retrouve alors son vieil adversaire.
Mais le Diable se souvient parfaitement de leur marché.
Jack lui avait fait promettre de ne jamais prendre son âme.
Et le Diable tient parole.
Il refuse de laisser Jack entrer en Enfer.
Jack comprend alors l’horreur de sa situation.
Le paradis ne veut pas de lui.
L’enfer non plus.
Il ne lui reste aucun endroit où aller.
Une braise pour éclairer l’éternité
Jack demande alors au Diable comment il pourra retrouver son chemin dans l’obscurité.
Selon la légende, le Diable ramasse une braise brûlante provenant des flammes de l’Enfer et la lance à Jack.
Jack récupère la braise.
Pour la transporter et la protéger du vent, il creuse un légume et place la braise à l’intérieur.
Dans les versions irlandaises de l’histoire, il s’agit généralement d’un navet.
Jack possède désormais sa lanterne.
Une lumière minuscule pour éclairer une errance qui ne prendra jamais fin.
Jack of the Lantern
Depuis cette nuit, raconte la légende, Jack erre dans les ténèbres.
Ni vivant.
Ni véritablement admis parmi les morts.
Les habitants auraient commencé à désigner cette mystérieuse apparition sous le nom de :
Jack of the Lantern
« Jack à la lanterne ».
Avec le temps, l’expression aurait évolué pour devenir :
Jack-o’-lantern.
Ainsi serait né le nom donné aujourd’hui aux célèbres lanternes d’Halloween.
Mais pourquoi un navet ?
Voilà une partie de l’histoire souvent oubliée.
Les premières lanternes associées à ces traditions n’étaient pas nécessairement fabriquées avec des citrouilles.
En Irlande et dans certaines régions des îles Britanniques, on creusait notamment des navets et autres légumes-racines.
On y sculptait parfois des visages inquiétants avant d’y placer une lumière.
Et il faut bien l’avouer :
un navet sculpté peut être franchement terrifiant.
Ces lanternes étaient associées à différentes coutumes et traditions populaires. Elles pouvaient notamment servir à représenter des êtres surnaturels ou à éloigner ce que l’on redoutait pendant les nuits sombres.
La légende de Stingy Jack finit par se mêler à cet imaginaire.
.
Du navet à la citrouille
Au XIXe siècle, d’importantes vagues d’immigration irlandaise conduisent de nombreuses familles vers l’Amérique du Nord, particulièrement pendant et après la Grande Famine irlandaise.
Les immigrants emportent avec eux leurs histoires, leurs traditions et leur folklore.
Mais en Amérique, ils découvrent un légume particulièrement adapté à la fabrication de lanternes :
la citrouille.
Elle est plus grande.
Plus facile à vider.
Plus facile à sculpter.
Et sa couleur orange est spectaculaire lorsqu’une flamme éclaire son intérieur.
Progressivement, la citrouille remplace le navet.
Les visages deviennent plus élaborés.
Les lanternes se multiplient devant les maisons.
Et le Jack-o’-lantern devient finalement l’un des symboles les plus reconnaissables d’Halloween.
Les Jack-o’-lanterns étaient-ils vraiment destinés à éloigner Stingy Jack ?
C’est ici qu’il faut distinguer la légende de l’histoire.
Aujourd’hui, on raconte souvent que les habitants plaçaient des lanternes sculptées devant leurs maisons pour empêcher Stingy Jack et les mauvais esprits d’approcher.
Cette explication correspond parfaitement à l’univers d’Halloween.
La réalité historique est toutefois plus complexe.
Plusieurs traditions de lanternes sculptées, de déguisements et de croyances surnaturelles ont coexisté en Irlande et dans les îles Britanniques.
L’histoire de Stingy Jack possède elle-même différentes versions.
Il vaut donc mieux considérer le récit comme une légende populaire ayant contribué à expliquer et enrichir la tradition du Jack-o’-lantern, plutôt que comme l’unique origine historique de la citrouille d’Halloween.
Pourquoi sculptons-nous encore des Jack-o’-lanterns ?
Aujourd’hui, rares sont ceux qui déposent une citrouille devant leur porte par peur de rencontrer Jack sur le chemin du retour.
La tradition est devenue festive.
Chaque année, des millions de citrouilles prennent vie sous les couteaux des petits et des grands.
Certaines sourient.
D’autres grimacent.
Certaines sont drôles.
Et d’autres semblent tout droit sorties d’un cauchemar.
Une bougie ou une lumière est ensuite placée à l’intérieur.
Lorsque la nuit tombe le 31 octobre, leurs visages orange illuminent les fenêtres, les jardins et les entrées des maisons.
Une tradition devenue inséparable d’Halloween.
Mais derrière chacune de ces citrouilles se cache encore le souvenir d’une histoire beaucoup plus ancienne.
Celle d’un homme qui pensait pouvoir tromper tout le monde.
Même le Diable.
Une lumière qui erre encore dans la nuit…
Alors, la prochaine fois que vous croiserez un Jack-o’-lantern éclairé dans l’obscurité, souvenez-vous de la légende.
Quelque part sur un chemin noyé dans la brume, Stingy Jack continuerait peut-être son voyage.
Sa vieille lanterne à la main.
Condamné à marcher éternellement entre deux mondes…
avec pour seule compagnie une braise venue de l’Enfer.
Le saviez-vous ?
Les Jack-o’-lanterns n’ont pas toujours été des citrouilles.
Dans les traditions irlandaises et britanniques, des lanternes étaient notamment fabriquées à partir de navets et d’autres légumes-racines.
C’est principalement en Amérique du Nord que la citrouille s’est imposée comme le support idéal pour ces lanternes.
Aujourd’hui, elle est devenue l’un des symboles universels d’Halloween.