SAMHAIN : LA NUIT OÙ LES ESPRITS REVENAIENT

Bien avant les citrouilles et les bonbons, les anciens Celtes célébraient Samhain. Durant cette nuit particulière, la frontière entre le monde des vivants et celui des esprits était réputée devenir plus fragile.

Aux origines de Samhain

Samhain — généralement prononcé approximativement « sow-in » en anglais, avec des variations selon les langues gaéliques — est une ancienne fête du calendrier gaélique, particulièrement associée à l’Irlande.

Elle se situait autour du 1er novembre, entre l’équinoxe d’automne et le solstice d’hiver.

Le calendrier traditionnel divisait l’année en grandes périodes saisonnières. Samhain marquait le début de la saison sombre, tandis que Beltane, célébrée au printemps, annonçait la saison claire.

Ce moment de l’année avait une importance particulière dans une société profondément dépendante des saisons.

Les récoltes s’achevaient. Les troupeaux étaient ramenés des pâturages. Les journées raccourcissaient.

L’hiver approchait.

Et avec lui venait une période beaucoup plus incertaine.

Quand le monde des esprits se rapprochait

C’est probablement l’aspect de Samhain qui fascine le plus aujourd’hui.

Dans les récits médiévaux irlandais et le folklore ultérieur, Samhain apparaît comme une période durant laquelle les frontières habituelles entre le monde humain et l’Autre Monde deviennent moins sûres.

L’Autre Monde des traditions irlandaises n’était toutefois pas exactement l’enfer ou le monde des morts tel que nous pouvons l’imaginer aujourd’hui.

Il était peuplé d’êtres surnaturels et associé notamment aux Aos Sí, êtres féeriques ou esprits liés aux anciens tertres et paysages d’Irlande.

Samhain était donc un moment étrange.

Une nuit de transition.

Et dans le folklore, les périodes de transition sont rarement anodines.

Les morts revenaient-ils vraiment pendant Samhain ?

On lit souvent aujourd’hui que les Celtes pensaient que « les morts revenaient sur Terre pendant la nuit de Samhain ».

La réalité historique est plus nuancée.

Les traditions liées à Samhain comportent effectivement de nombreux éléments surnaturels et des récits concernant des êtres venus de l’Autre Monde. Certaines coutumes plus tardives sont également associées au souvenir des morts.

Mais nous possédons peu de témoignages directs permettant de reconstruire exactement les croyances et cérémonies des populations celtiques préchrétiennes.

Une grande partie de ce que nous savons provient de textes irlandais rédigés plusieurs siècles après la christianisation de l’Irlande.

L’image moderne d’une nuit précise durant laquelle tous les morts pouvaient librement revenir parmi les vivants est donc probablement une simplification de traditions beaucoup plus complexes.

Cela n’enlève rien au caractère extraordinaire de Samhain.

Bien au contraire.

Une nuit peuplée de créatures surnaturelles

Les anciens récits irlandais situent plusieurs événements extraordinaires autour de Samhain.

Des héros rencontrent des êtres surnaturels.

Des passages vers l’Autre Monde s’ouvrent.

Des créatures mystérieuses interviennent dans le monde des humains.

Cette association entre Samhain et le surnaturel a profondément marqué l’imaginaire entourant la fête.

Imaginez la scène.

La nuit tombe beaucoup plus tôt.

Le froid revient.

La brume recouvre les collines.

Les récoltes sont terminées et les arbres perdent leurs dernières feuilles.

Dans l’obscurité, les anciennes collines et les tertres funéraires prennent soudain une apparence bien différente.

Dans un tel paysage, il n’est pas difficile de comprendre comment les histoires d’esprits et d’êtres surnaturels ont pu prospérer.

Les grands feux de Samhain

Le feu occupe également une place importante dans les traditions associées à Samhain.

Des sources historiques et folkloriques évoquent de grands rassemblements et des feux allumés à cette période de l’année.

Le feu possédait une dimension pratique, communautaire et symbolique.

Il éclairait la nuit, réunissait la communauté et accompagnait l’arrivée de la saison sombre.

Certains récits tardifs décrivent également des feux associés à des lieux importants d’Irlande.

L’image spectaculaire de druides accomplissant exactement les mêmes cérémonies autour d’immenses feux chaque 31 octobre doit cependant être considérée avec prudence : nous ne disposons pas d’un manuel détaillé décrivant les rituels de Samhain dans l’Antiquité.

Une partie de cette représentation appartient davantage à notre imaginaire moderne.

Pourquoi se déguisait-on ?

Voilà une autre question qui nous rapproche énormément d’Halloween.

Dans certaines traditions populaires irlandaises et écossaises plus récentes, des personnes allaient de maison en maison déguisées ou masquées.

Cette pratique est notamment connue sous le nom de guising.

Les participants pouvaient réciter des textes, chanter ou accomplir de petites performances en échange de nourriture.

Des déguisements pouvaient également représenter des créatures ou personnages surnaturels.

Difficile de ne pas penser à nos enfants costumés frappant aux portes en demandant des friandises.

Mais attention là encore : il serait trop simple d’affirmer qu’un enfant déguisé en vampire faisant aujourd’hui du trick-or-treat reproduit directement un rituel celtique vieux de deux mille ans.

Les traditions ont évolué, fusionné et changé pendant des siècles.

Samhain devient-il Halloween ?

Pas directement.

Entre Samhain et Halloween se trouvent plusieurs siècles d’évolution culturelle et religieuse.

Avec la christianisation, les célébrations liées à la Toussaint et à la commémoration des morts occupèrent progressivement une place importante dans le calendrier.

Le 1er novembre devint la fête de la Toussaint dans l’Église occidentale, tandis que le 2 novembre fut associé à la commémoration des fidèles défunts.

La veille de la Toussaint était appelée en anglais All Hallows’ Eve — littéralement la veille de tous les saints.

Au fil du temps, cette expression évolua pour donner :

Halloween.

Les anciennes traditions saisonnières, le folklore local et les célébrations chrétiennes se sont progressivement entremêlés.

C’est cette longue évolution, plutôt qu’un événement unique, qui finira par donner naissance à Halloween.

De l’Irlande à l’Amérique

L’histoire connaît ensuite un nouveau tournant au XIXe siècle.

De nombreux immigrants irlandais et écossais s’installent en Amérique du Nord, emportant avec eux leurs traditions et leur folklore.

Sur le continent américain, ces coutumes rencontrent d’autres influences et continuent de se transformer.

Les anciennes lanternes creusées dans des navets sont notamment remplacées progressivement par un légume beaucoup plus pratique et abondant en Amérique :

la citrouille.

Halloween prend alors peu à peu la forme que nous connaissons aujourd’hui.

Les déguisements se multiplient.

Les décorations deviennent plus élaborées.

Les histoires de fantômes côtoient les sorcières, les vampires et les monstres.

Et les anciennes traditions européennes deviennent progressivement une grande fête populaire.

Samhain et Halloween : une même fête ?

C’est tentant de présenter Halloween comme « le nouvel an celtique devenu Halloween ».

Mais historiquement, c’est un peu trop simple.

Samhain constitue l’une des racines importantes de l’histoire d’Halloween, particulièrement à travers les traditions irlandaises et écossaises.

Halloween possède cependant d’autres influences : christianisme médiéval, fêtes de la Toussaint et des morts, folklore britannique et irlandais, immigration européenne puis culture populaire nord-américaine.

Notre Halloween contemporain est donc le résultat de nombreux siècles de transformations.

Et c’est précisément ce qui rend son histoire aussi fascinante.

Une nuit entre deux mondes

Il reste pourtant quelque chose de Samhain dans l’atmosphère d’Halloween.

Lorsque le soleil disparaît derrière les arbres…

Lorsque les feuilles mortes recouvrent les chemins…

Lorsque des lanternes apparaissent devant les maisons…

Et lorsque fantômes, sorcières et créatures étranges envahissent les rues…

nous retrouvons, sans nécessairement le savoir, un imaginaire très ancien.

Celui d’une nuit située à la frontière de deux saisons.

Une nuit durant laquelle le monde ordinaire semble soudain un peu moins certain.

Et où, pendant quelques heures seulement, les histoires racontent que l’Autre Monde n’est peut-être pas aussi loin qu’on le croit…

Le saviez-vous ?

Le mot Halloween vient de l’expression anglaise All Hallows’ Eve, qui désigne la veille de la Toussaint.

Samhain et Halloween ne sont donc pas deux noms différents désignant exactement la même fête : Halloween est le résultat d’une longue évolution au cours de laquelle traditions saisonnières, folklore et fêtes chrétiennes se sont influencés.